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lundi 11 mai 2009

Penser les nouveaux loisirs des Français


Si la montagne fut le prétexte et le lieu de l'aménagement d'équipements de santé nouveaux destinés à la lutte contre le fléau de la tuberculose dans la première partie du XXe siècle, elle fut ensuite, à partir des années 1950, le théâtre d'une réflexion urbanistique majeure puis d'investissements importants dans le domaine des loisirs familiaux. La station de sports d'hiver de Flaine, en Haute-Savoie, conçue à partir de la fin des années 50 et inaugurée en 1968, en est demeurée la réalisation la plus achevée.
Sur un emplacement idéal – une vallée orientée est-ouest qui permet de construire le milieu de vie du côté sud, en plein soleil, et d'aménager les pistes du côté nord, à l'abri de la chaleur – Flaine fut l'occasion de penser une organisation spatiale, un urbanisme de montagne, et d'y construire des bâtiments à l'architecture fonctionnelle, intégrée dans le milieu naturel.
On fit appel à Marcel Breuer, alors installé aux États-Unis, et dont la collaboration parfois difficile avec des architectes français présida quand même à la naissance d'un centre de ski qui fonctionne encore avec beaucoup de succès.
Aujourd'hui, Flaine fait face à une double menace, dans ses édifices cinquantenaires qui ont besoin d'une remise à jour respectant sans le nier leur caractère moderniste; dans son plan aussi, menacé par l'expansion inorganisée des projets contemporains qui ne tiennent compte ni de la trame ni du style.

Illustration:
La vue classique de l'hôtel Le Flaine, de Marcel Breuer. Le fait que le bâtiment soit cité n'a pas empêché des restaurateurs zélés de peindre en beige le béton brut originel, un total manque de respect pour l'oeuvre de l'architecte.

Marc Doré

dimanche 10 mai 2009

L’attrait de la montagne: d'abord soigner les malades




Le développement de l’architecture « sanitaire » du Plateau de Passy bénéficie de plusieurs qualités recherchées : air sec et abondance de lumière naturelle. On y installe donc plusieurs sanatoriums pour y traiter les personnes atteintes de tuberculose dont certains artistes de renom qui ont contribué d’une manière intéressante à l’art religieux de la région en décorant notamment l’église de Passy : Chagall, Léger, Braque, etc. Il faut comprendre cette église non pas comme un objet muséal isolé, mais bien comme partie prenante de l’histoire des sanatoriums et du paysage qui les a accueillis : la montagne. Certains de ces édifices possèdent d’ailleurs une architecture moderne des plus intéressantes. Aujourd’hui délaissés du fait qu’ils ne conviennent plus à la nouvelle pensée médicale, que vont-ils devenir?


Côté conservation, il ne semble pas y avoir une forte mobilisation du milieu en faveur de cette architecture. Un des enjeux majeurs est, sans doute, de favoriser les actions proactives des divers intervenants de la région. Par ailleurs, la mémoire des lieux se traduit par une histoire liée à la maladie, mais aussi à cette lutte pour la vie. C’est un sujet sensible pour plusieurs étudiants qui envisagent difficilement la reconversion des sanatoriums et l’implication proactive du milieu. L’idée que le patrimoine est non seulement dans le circuit culturel, mais aussi dans le circuit économique refait surface. Il est clair que le nouvel usage devra jouer la carte de la mise en valeur des qualités de cette architecture particulière dont le programme tentait de répondre aux besoins spécifiques liés à la santé par diverses solutions architecturales. Sans cette compréhension des valeurs propres à ce type d’édifice, le classement de cette architecture ne permettra pas d’en assurer la pérennité.

Soraya Bassil et Marc Doré

Illustrations:
en haut, l'église de Passy; en bas, le Grand Hôtel du Mont-Blanc, un centre de soins pour tuberculeux, malgré son nom.

vendredi 3 avril 2009

La station de ski de Flaine en Haute-Savoie

La station de ski Flaine fut développée progressivement entre 1961 et 1968 dans une vallée alpine de la Haute-Savoie. Le projet fut conçu et réalisé par une équipe dirigée par l'architecte Marcel Breuer.

Bâti face au soleil à flan de montagne, le village alpin occupe trois plateaux situés à une altitude d'environ 1500, 1600 et 1700 mètres. Le plateau inférieur correspond à un grand stationnement. Le cœur du village, qui inclut la station de ski en elle-même, se trouve sur le plateau intermédiaire. Les bâtiments qui le compose sont groupés autour d'une grande place à proximité de laquelle on trouve un ensemble de chalets de ski organisés en bandes. L'Hôtel Le Flaine et des unités d'appartements occupent le plateau supérieur.

L'architecture moderniste de béton des constructions qui composent l'ensemble refuse le régionalisme. Le site du projet était difficilement accessible par voie terrestre. Afin d'en faciliter la réalisation, une usine de préfabrication fut construite dans la vallée de l'Arve, située à une altitude de 500 mètres. L'usine fut reliée au chantier par un téléphérique conçu spécialement pour transporter les éléments préfabriqués.

L'hôtel Le Flaine, conçu par Breuer, est constitué d'un groupe de bâtiments distincts qui forment une bande. Ils présentent des façades de béton brut faîtes de panneaux préfabriqués traités en relief. À l'une des extrémités de la bande, le bâtiment connu sous le nom d'immeuble bételgeuse s'avance en portafaux au dessus de la vallée, porté par un assemblage de sections de béton en cantilever. Il s'agit d'un exploit technique remarquable.

Ce site sera visité le 7 mai (Jour 5) en compagnie de Jean-François Lyon-Caen, architecte DPLG, maitre-assistant, Ècole d'architecture de Grenoble, équipe de recherche architecture paysage montagne.



François Hudon

SOURCES:
Base de donnée Mérimée, Ministère de la Culture de France
http://www.culture.gouv.fr/culture/inventai/patrimoine/
- Hôtel Le Flaine / Station Flaine (no. ref.: PA00118476)
- Immeuble Bételgeuse (no. ref.: PA00118477)

«Un village de neige en Haute-Savoie», L'architecture d'aujourd'hui, no 105, Jan.-Fév., 1962-1963, p.60-61

Papachristou, Tician. Marcel Breuer New Buildings and Projects, Praeger Publishers, New York, p.63-70

dimanche 29 mars 2009

Sanatorium Martel de Janville



Le Sanatorium Martel de Janville, situé sur le Plateau d’Assy en Haute Savoie, a été conçu en 1934 par les architectes Pol Abraham (1891-1966) et Henri Jacques Le Même (1897-1997) et a été inauguré en 1937. Le plateau d’Assy, qui compte quatre sanatoriums, est la première station climatique de cure anti-tuberculose française. Au Sanatorium Martel de Janville, tous les services sont regroupés dans un bâtiment unique – construit en béton armé – et sont répartis dans deux ailes. L’aile sud accueille les 163 chambres et est asymétrique. La partie est compte 6 niveaux, alors que la partie ouest en compte neuf et est plus courte. L’avant-corps central héberge l’accueil, la bibliothèque, les salons, les salles à manger des militaires.


 
Les chambres, toutes orientées vers le sud, possèdent chacune un balcon. Ce dernier ne fait pas toute la largeur de la chambre et rythme la façade. Le corridor qui les dessert est orienté vers le nord. Ce plan permet un bon ensoleillement et favorise la ventilation, importants dans le traitement de la tuberculose. L’aile nord regroupe l’essentiel des services, notamment la buanderie, le service médical, les espaces réservés aux religieuses et aux infirmières et la chapelle. La facture générale du bâtiment est imposante, unitaire, rigoureuse et rationnelle. Elle correspond bien à la vocation militaire du bâtiment et l’absence d’ornementation respecte l’esthétique du temps. Le bâtiment a connu diverses modifications. La plus visible date de 1977, lorsque le bâtiment a été repeint en blanc. Sa couleur « rouge terre cuite claire » d’origine avait pour effet de trancher à la fois avec le blanc de la neige et avec le vert sombre des sapins. En ce qui concerne la vocation du lieu, les derniers patients tuberculeux quittent en 1978 et l’endroit est transformé en centre médical de 60 lits. Dès lors, le bâtiment est sous-utilisé. En 2006, le centre médical abandonne le lieu et, depuis, le bâtiment est désaffecté. Actuellement, un projet de reconversion en logements est en cours.

Amélie Dion


Ce site a été visité le 7 mai 2009 en compagnie de Anne Tobé, Centre de Recherche et d'Étude sur l'Histoire d'Assy.


ILLUSTRATIONS:
Sanatorium Martel de Janville, Plateau D’Assy, 1932-1934, Pol Abraham et Henri-Jacques Le Même. © A. Tobé, © Histoire et patrimoine, Groupe A. Crenn.

SOURCES:
Docomomo France
http://www.archi.fr/DOCOMOMO-FR/fiche-sanatorium-martel.htm
Conseil Architecture Urbanisme & Environnement, Haute-Savoie 74
http://www.caue74.fr/rub13_fr_7_43.html
http://www.caue74.fr/docs/dossiers_architectures/1059061522.pdf
http://www.caue74.fr/docs/dossiers_architectures/1059056675.pdf
Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement du Rhône et Patrimoine & Solutions
http://www.caue69.fr/modules/news/article.php?storyid=15
http://www.caue69.fr/documents/dossiers%20de%20presse/DPSanatorium.pdf
Ixia Immobilier
http://www.ixia-immobilier.com/martel/index.php
Encyclopaedia Universalis, « Henry-Jacques Le Même »
http://www.universalis-edu.com/article2.php?napp=&nref=UN98061
Centre Pompidou « Pol Abraham »
http://www.centrepompidou.fr/Pompidou/Manifs.nsf/AllExpositions/BD3F7C79679767ADC1257339002DC4A3?OpenDocument&sessionM=2.2.1&L=1